mardi 8 mars 2016

Migrante

"A l'approche de l'été, "j'hirondellise" mes perspectives, je vole vers des chants de matins plus verts, boisés, nimbés de mousses aux écorces écorchées. Je migre ... 
Je migre pour quitter un urbanisme dénué d'urbanité, je migre pour des jours meilleurs dans de vieilles pierres, là où j'ai grandi, en arrière pays. 

Je migre par chance et par bonheurs, je suis née dans la paix à la bonne heure. Je n'ai pas à fuir la guerre, quitter ma maison, partir pour des sols moins hostiles, rencontrer l'inhospitalité du monde.

Je migre dans le confort d'un siège chaud sur un moteur ronronnant qui crache des gaz à effet de serre par un pot d'échappement. Dans ma valise à roulette je traine mes plus belles robes, mes sous-vêtements de soie et de coton, mes carnets à dessin, des stylos, du fusain, un ou deux bons bouquins et une liste de rêves à réaliser en quelques semaines d'été. 

Je n'ai pas à me soucier des frontières à franchir, des fils barbelés, des bombes, des armes et des balles à tirs d'ailes, de ma terre natale abandonnée portant les stigmates de la haine. Je n'ai pas à me soucier des ruines causées par les bombardiers, les seules que je connaisse sont celles laisser par l'histoire et les jours révolus d'un temps où mon arrière grand-mère lavait ses linges dans l'eau glacée. 


 Je migre par désir et non par nécessité. Où que j'aille je ne serrais pas rejeté, la couleur de ma peau, mon origine et mon rapport au sacré ne seront pas associés à la criminalité. Je pourrai même décider que ma prochaine destination deviendra ma nouvelle maison faite de murs et de chaleur. Elle ne sera pas montée de toiles humides pourrissantes sur les galets d'une plage de méditerranée ou construite avec des containers dans des bidons-villes autoritaires. Je n'aurai pas à y survivre, entassée, agglutinée dans la puanteur et la misère, commettant l'horreur et le déshonneur pour nourrir mes pères. Je n'aurai ni à me préoccuper de la domination ni d'aucune pression sociale cherchant à me caser dans le moule du bon-nègre.

Lorsque je m'installerai dans mes nouveaux quartiers, mes voisins seront charmants, ils ne seront pas terrorisés ni harangués par des fascistes fâchés avec l'humanisme et les lumières. Je ne serai pas rejetée ni accusée des maux de l'humanité. Mes préoccupations pourront être futiles. Je pourrai m'atteler à ne manger que des légumes issus de l'agriculture biologique, acheter du miel chez le petit producteur et choisir un bon vin pour accompagner les grillades des longues soirées. Je n'aurai pas à mendier ni à accepter des paquets de gâteaux à l'huile de palme en les recevant, remerciant, m'inclinant, comme si l'on m'avait donné le rein de leur reine bienaimée. 

A l'approche de l'été je suis une migrante dorée aux plaisirs simples qui pleure sur l'actualité, dégoutée par les ordonnances d'hommes costumés, censés refléter les désirs de leurs administrés, ces démagogues avides, offrants la légions d'honneur au plus grand dictateur élu meurtriers de l'année.

Dévoilée comme insoumise à la déchéance je ne tolère pas l'état d'urgence mais je proclame l'urgence d'un nouvel état, conteste les nouvelles mesures en matière de travail et d'équité. Je soutiens la nécessité de migrer vers un autre mode de pensée."

NLF

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