jeudi 31 août 2017

Jusqu'où va l'écriture inclusive?

Récemment j’ai partagé un lien sur l’écriture inclusive, qui élabore des règles grammaticales égalitaires hommes-femmes en utilisant la ponctuation, en l’occurrence le point médian (Atl250), pour inclure les deux sexes dans une phrase afin que le masculin ne l’emporte pas sur le féminin et vice versa, par exemple, « ils·elles étaient nombreux·ses... ».

Dans le même registre, le combat féministe, pour rétablir l’égalité à tous les niveaux, ne remet pas seulement en question les fondements patriarcaux de la langue française, mais aussi l’institution même qui représente ses droits. On emploie le terme de « droits de l’homme » alors que si l’on souhaitait réellement établir une égalité sexuelle incontestable, on emploierait plutôt le terme « droits humains ». Pareil pour « Liberté – Égalité – Fraternité », dont le but n’est pas de transformer en « Liberté – Égalité – Sororité » mais bien en « Liberté – Égalité – Humanité ».



Mon intérêt pour l’écriture inclusive ne date pas d’hier, je la pratique depuis bon nombre d’années, j’ai commencé un peu à ma sauce avec l’emploi du tiré (« vous êtes tellement nombreu-ses-x à m’aimer ») ou du slash. Et il y a peu sur internet j’ai remarqué que cela se démocratisait de plus en plus tant bien que des colloques traitaient le sujet. Et lorsque j’ai commencé à lancer le débat dans mon propre réseau, non seulement les puristes de la langue française ont bondit sur leurs séants, mais en plus, je me suis faite tacler d’ultra féministe, ce qui a mon sens, n’est pas une insulte.

Qu’est-ce que les ultras féministes ? Des femmes à qui nous devons de nombreuses victoires ? Comme le droit de vote pour les femmes en France par exemple (1944) et encore plus récemment, le droit à l’interruption volontaire de grossesse, à la contraception et à la stérilisation, sans avoir à passer par l’accord de son mari (2001) ? Le seul reproche que la plupart des gens font aux ultras féministes est de prôner la supériorité des femmes sur les hommes et là, il y a méprise. Car l’accusation de misandrie a bon dos mais lorsque que l’on se bas pour l’égalité des sexes dans une société où le patriarcat est ancré dans la moindre de ses fondations, les hommes doivent forcément déconstruire leurs jugements (voir se déconstruire eux même) et abandonner leurs privilèges attribués au genre masculin, c’est comme ça, c’est de la « décolonisation mentale » et elle s’applique aux deux sexes (même s’il n’existe pas seulement que deux sexes mais c’est un autre débat).

Et sachant que ; un, ces droits sont constamment en danger, car remis en question par des prétextes religieux et moraux ; deux, bon nombre d’hommes se sentent émasculés à la seule évocation de ces droits ; trois, le sexisme est tellement dilué dans les mentalités qu’il est observé chez les hommes comme chez les femmes, dans la moindre conversation quotidienne, il y a alors grande importance à changer ces états de fait à tous les niveaux et où qu’ils soient.

Lorsque que je parle d’écriture inclusive, (et même lorsque je parle de l’allaitement en public ou d’autorisation du topless pour les femmes lorsqu’il est autorisé pour les hommes), l’argument le plus récurant que je reçois est celui-ci : « il y a des priorités dans le combat féministe, c’est stupide de parler de ces sujets quand le vrai combat est l’égalité des salaires, protéger les femmes contre les violences conjugales et interdire l’excision ». Certes, il y a urgence à traiter ces sujets, des vies sont en danger. Mais ne mélangeons pas tout. Ce n’est pas parce que l’on ouvre le débat sur l’un que l’on va oublier l’autre. Et d’ailleurs, si ce débat est bien mené et que tout le monde s’écoute, on se rend compte que tous les sujets sont liés les uns aux autres, parce qu’ils traitent tous de la même chose. C'est-à-dire, la capacité d’une société à considérer les hommes et les femmes comme des êtres égaux. Et attention, l’égalité homme-femme ça n’a rien à voir avec les différences biologiques hommes-femmes. D’où l’importance de ne pas mélanger les débats.

Cela ne me choque pas lorsque ce sont des femmes qui me font ce genre de remarques, nous avons tellement été éduqué à nous comparer les unes aux autres, que nous comparons nos idéaux comme nous pourrions comparer nos physiques. Par exemple, nous savons toutes que dire aux femmes comment elles doivent s’habiller et se nourrir est la porte ouverte aux abus de jugements sexistes, mais nous continuons à critiquer la jupe ou les corps, trop gros, trop maigres, des unes et des autres. C’est de la « misogynie intégrée » et il faut aussi se déconstruire soi-même pour ne plus la pratiquer au quotidien.

Or, cela a tendance à m’outrager violemment lorsque que c’est un homme qui me tient le discours de la priorité dans le combat féministe. Bien évidemment il n’est pas obligatoire d’être une femme pour être féministe. Bien au contraire, le féminisme doit être un combat humain et les hommes y ont leur place, surtout lorsque l’on se rend compte qu’il y a des inégalités sexuelles juridiques partout et que même les hommes en sont victimes (les droits de la paternité par exemple). Non, ce qui m’est injuste c’est que cet argument va cristalliser tous les débats, il est utilisé bien souvent par des hommes qui n’ont pas déconstruit leurs positions face au patriarcat et qui tentent de s’immiscer dans les débats féministes pour y assoir leurs avis personnels. Ces moisissures intellectuelles sont du même acabit que « Moi je ne suis pas machiste j’aide ma femme à la maison ». Au bout d’un moment, lorsque l’on est face à un individu qui ne veut pas se remettre en question est qui vient figer un débat qui œuvre à la collectivité avec des arguments basés sur des principes personnels, c’est gavant.

De plus, l’idée reçu que tel ou tel combat est plus important qu’un autre est hyper dangereuse et fallacieuse. Parce que chacun d’eux est représentatif d’une inégalité et que, pour combattre les inégalités, il faut le faire à tous les niveaux.

Pour l’exemple de l’écriture inclusive, elle est le reflet de l’idée que pour sortir du patriarcat il faut revoir les fondamentaux jusque dans la langue ; pour ne plus enseigner aux enfants que le masculin prime sur le féminin ; pour ne plus enseigner qu’inconsciemment les hommes valent mieux que les femmes ; pour ne plus enseigner aux enfants que les hommes sont supérieurs aux femmes ; pour ne plus enseigner que les hommes ont plus de droits que les femmes ; pour ne plus enseigner que les hommes ont des droits sur les femmes ; pour ne plus enseigner que les hommes ont le droit de faire ce qu’ils veulent aux femmes. Vous avez compris comment les choses sont liés entre elles par simple induction ?

Alors la prochaine fois que l’on est face à un sujet de débat qui cherche des solutions au problème des inégalités sexuelles et cela marche aussi pour les inégalité raciales et sociales… Plutôt que d’en comparer l’objet à un autre, concentrons-nous sur tous ces tenants et aboutissants, ne mélangeons pas un débat avec un autre où sinon analysons la façon dont ils sont liés l’un à l’autre et ne cristallisons pas les échanges

Et je ne le dirai jamais assez, messieurs, arrêtez de dire aux femmes comment elles doivent se battre, se comporter, s’habiller, surtout si vous vous justifiez en vous proclamant féministes.

Nous devons montrer l’exemple en se déconstruisant-construisant soi-même, les hommes comme les femmes, en apprenant à identifier les comportements que nous avons et en y posant un diagnostic bienveillant, puis en séparant ses principes personnels alors identifiés, des besoins collectifs représentés par le sujet du débat.

À lire : https://editions-ixe.fr/content/non-masculin-ne-lemporte-pas-feminin